Couverture Sens Renaissance
Sens a pour ambition d’allier jeu de rôle et philosophie. Cela peut paraître un peu étrange, comme ça, mais cela a aiguisé ma curiosité comme ça avait été le cas avec Prosopopée (bien que ces deux jeux soient très différents l’un de l’autre). L(e marché de l)’occasion a une fois de plus fait le larron.

Sur la forme, Sens Renaissance se présente comme un livre « classique » au format A5, plutôt épais (près de 300 pages). La mise en page y est donc minimale et les illustrations rares, mais belles (et sombres, comme le thème du jeu). Seule réelle fausse note : la fiche de personnage est vraiment immonde. Heureusement, c’est réparé sur le site de l’auteur-éditeur.

Mais laissons rapidement cela de côté pour nous intéresser au fond. Après un rapide préambule, le jeu lui-même, ainsi que ses implications philosophiques, sont présentés du point de vue de Sens, une sorte de Dieu, sur une soixantaine de page. Sans trop en dévoiler, car Sens et un jeu à secrets, le thème peu se résumer en « destinée vs. liberté ». Le texte est truffé de notes de bas de page assez pénibles (surtout au début), mais tout à fait indispensables, car non seulement elles décodent et expliquent les aspects philosophiques abordés, mais elles servent aussi à l’auteur à prendre une distance bienvenue avec Sens, sa création, dont les prises de position concernant le jeu de rôle sont éminemment discutables. C’est à mon avis la partie la plus réussie de l’ouvrage.

Vient ensuite le début d’une campagne en six scénarios (ah oui, j’ai omis de vous dire que Sens Renaissance n’est que le premier de six opus ; la campagne comptera donc 36 épisodes !), qui s’étale sur près de 100 pages. Pour la faire (très) courte, elle met en scène des personnages dotés de capacités hors du commun (les PJ), qui résistent à une dictature toute puissante installée dans le système solaire, et dont les agents sont eux aussi dotés de pouvoirs extraordinaires, le tout dans un futur indistinct et post-apocalyptique. Personnellement, j’apprécie beaucoup dans un jeu ce type de matériel prêt à jouer. Sauf que le bât blesse : il s’agit plus de récits de parties que de scénarios à proprement parler, où alternent des « cinématiques » assez longues et d’autres scènes sommairement décrites. Cela laisse beaucoup de travail au MJ et improviser dans cet univers volontiers déroutant est tout de même vaguement intimidant. Dommage.

Le reste (pratiquement la moitié) de l’ouvrage reprend et précise le contexte et les règles du jeu, respectivement, qui sont présentés de façon un peu liminaire dans la première partie. C’est à la fois bon pour la clarté et un peu triste que tout n’ait pas pu être intégré. À moins que cette exégèse n’ait été postérieure au texte initial ? Le système de résolution, sans dé, est basé sur six attributs notés sur 100 que l’on compare à une opposition. Si le score du personnage est supérieur à l’opposition, ça passe, sinon, il faut renoncer ou trouver un moyen de le booster. Les scores sont obtenus en se basant sur l’historique du personnage, défini en 20 faits. A priori, ça a l’air de bien tourner, mais il faut avoir l’habitude des systèmes freeform. Histoire de pinailler, il y a deux bugs (private joke) mineurs :

  1. à la création de perso, 150 points devraient être répartis dans les attributs du personnage, mais suite à des approximations et des arrondis dans des calculs (pas compliqués, mais indispensables ?), on aboutit à un peu plus (rien de grave, c’est juste amusant) ;
  2. il y a une imprécision sur le nombre de traits réellement à définir (13 ou 20), mais c’est plus clair avec la nouvelle feuille de perso dont au sujet de laquelle je vous causais plus haut.

En conclusion, Sens me fait un peu la même impression que Nobilis : un jeu ambitieux avec un potentiel énorme, mais aussi assez intimidant et parfois obscur (le jargon y est tout de même un peu trop systématique). Un travail d’édition sur une meilleure intégration philosophie / aspects ludiques et sur le développement de la campagne aurait sans doute permis de produire un jeu plus abouti. Reste que la lecture de Sens Renaissance vaut le détour (et certainement sa pratique, je vous en recauserai si ça m’arrive).

À suivre : Sens Mort.

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