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Ars Magica

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Saga de la Combe à la Serpent

Val Suzon. Un petit village de Bourgogne. Village est d'ailleurs un bien grand mot, puisque seuls trois ou quatre maisons le peuplent. Dans cette triste nuit d'équinoxe, une jeune femme traverse à le village, perdue et indécise. Elle croise une personne, mais à peine l'a-t-elle interrogé, que celle-ci s'enfuit en courant, et la jeune fille se retrouve à nouveau seule. Suivant son instinct elle plongea dans la forêt.

Dans cette nuit, terne, ce furent cinq personnes qui firent les mêmes actions, se posèrent les mêmes questions à quelque temps d'intervalle. On pouvait y reconnaitre une autre jeune fille, un solide gaillard trimballant un tonneau, un être vigoureux à la chevelure rousse venu des lointaines contrées du nord, et enfin un petit homme, au visage anguleux, et à l'oeil triste.

Tous frappèrent à la même porte, un peu à l'extérieur de la forêt, où leur ouvrit un géant aux épaules solides. Le dernier arrivé, l'homme du nord se présenta :
- Bonjour je suis Cathal, appuya-t-il.
- Enchantée, moi je suis Edurne Mandragus de la maison Ex-Miscellanea, reprit la seconde des jeunes filles que nous avons rencontré.
- Et moi Balthuis, assied-toi et viens boire un bon verre avec nous, s'exclama affectueusement en latin le mage allemand.
- Jordi Aquila, enchanté, dit simplement le petit homme à l'accent du sud.
- Et moi je suis Azalaïs de la maison Merinita, bienvenue. Notre hôte est Max le forestier et nous ne savons encore rien de ce qui nous attend.

Cathal s'installa et partagea le repas des six autres convives. Une atmosphère lourde pesait, car chacun était inconnu en cette maison, et Max n'était pas bavard. Edurne ouvrit son sac, et en sortie une petite créature, à l'allure végétale.
- Bonjour je m'appelle Flor, comment ca va ?
- Ca se mange demanda une voix ?
- Oh non eh... Ca va pas ? cria Flor...
- Au fait, Max, est-ce que vous savez ou l'on pourrait trouver du corail rouge, demanda Edurne ?
- Ha toi aussi ? s'exclama Azalaïs. Je dois en chercher aussi. On m'a dit de m'adresser aux amis de Tilim pour en trouver.
- Connais pas, répondit brutalement Max, dans son style habituel emprunt de laconicité.

Sur ces mots on tambourina à la porte : "Ouvrez !". Max se leva, agrémentant son geste d'un "Bougez pas" triste. Des hommes armés entrèrent brutalement, et dévisagérent les voyageurs. "Tu ferais mieux de cacher tes yeux", murmura Edurne à Azalais, "ils sont un peu trop voyants..."

Celui qui semblait être le chef s'adressa à Edurne : "Qui êtes vous ?"
- Nous sommes des voyageurs, répondit-elle.
Il ne sembla pas convaincu, et regarda attentivement chaque personne présente.

Le chef se tourna alors vers Balthuis.
- Hum... Et vous êtes un voyageur aussi ?
- Heu... Oui, je viens de Strasbourg, où j'ai trouvé cet excellent vin !
- Je peux goûter ?
- Allez-y.

Le chef d'escouade s'approcha du tonneau de Balthuis, et prenant un verre qui traînait, se servit. "Il est en effet excellent... Il nous réchauffera pendant la chasse de cette nuit. Nous avons bien mérité cela non ?" Aucun des Mages ne bougea. "Merci. Messieurs prenez ce tonneau !" Deux de ses hommes s'approchèrent et emportèrent le tonneau de vin.

"Humm... Nous sommes à la recherche d'un jeune garçon qui s'est échappé. Vous ne l'auriez pas vu ?"
- Non, répondit simplement Edurne.
- Bon... Nous verrons cela plus tard."

Et ils partirent, entrant dans la nuit, non sans avoir lancé un dernier regard soupconneux à l'assemblée.

"Qui étaient-ils ?" demanda le groupe au forestier. Celui-ci, dans son style habituel répondit : "Les hommes du Duc", sur un ton indiquant que la conversation était terminée. Cependant un bruit étrange les fit tous se retourner pour découvrir Jordi les yeux révulsés, comme en transe. Cela dura quelques instants au bout desquels, Jordi s'écroula sur la table. Quand il reprit conscience, il raconta une étrange histoire : "Je me baladais (sur l'avenue, le coeur leger, la main tendue, j avais envie de dire bonjour à n'importe. N'importe qui et ce fut toi, et je t'ai dit n'importe quoi, il suffisait de te parler pour t'apprivoiser...), dans une foret touffue et infernale. Je ne savais même plus ce que je cherchais, mais toujours une force étrange me poussait à continuer. Soudain je me retrouvais dans une clairière, ou trônait un rocher au coeur duquel dormait une eau agréable. Tout était rouge autour de moi, mais je me sentais bien, aussi je me suis couché dans l'herbe et je me suis endormi paisiblement."
- Je connais la clairiére, dit tranquillement Max.
- Ce serait interessant d'aller voir ce qui se trame derrière tout cela, ajouta Balthuis.
- Je propose qu'on y aille demain, dit Jordi.
- Mais au fait, Max, quel est votre rôle dans cette histoire. Nous avions rendez-vous ici et... tenta d'ajouter Azalaïs.
- J'ai été payé pour vous accueillir et vous guider.
- Où ça ? demanda Edurne.
- Là ou vous voudrez aller.
- Mais qui vous a payé ? demandèrent les convives tous ensemble.
- Peux pas vous dire, termina Max. Maintenant allons nous coucher.

Sur cette derniére parole, il écarta un rideau au fond de la pièce où se trouvaient un grand lit et des paillasses. Chacun prit place et prépara sa première nuit de sommeil dans cette aventure, cette quête qui allait les mener loin de tout ce qu'ils avaient pu imaginer.

Cela aurait pu être une nuit sans incident, et cela le fut pour Cathal, Balthuis et Azalais que même une meute de dragons déchaînés n'aurait pu réveiller. Par contre les sens d'Edurne et de Jordi furent mis en éveil : Max n'était plus dans son lit ! Edurne se leva rapidement et entendit des bruits de chuchotement derrière la porte. Elle alla écouter mais ne distingua aucune parole intelligible. Max ouvrit la porte et rentra, Edurne sortit à la poursuite de l'interlocuteur du forestier, mais celui-ci s'était enfui dans la nuit. En rentrant elle demanda à Max qui s'était recouché :
- Qui était-ce ?
- Groumpf...
Ce grognement fut l'unique réponse du forestier qui avait repris sa place. Edurne, interloquée, n'eu d'autre ressource que de se coucher à son tour.

Au petit Matin, sous la conduite de Max, après un solide et compensateur, à défaut d'être de qualité, petit-déjeuner, la troupe prit le chemin de la clairière. La forêt était dense autour d'eux, mais le forestier sur de sa route les guidait avec aisance. Cependant, devant eux, surgit un groupe de petit êtres leur barrant le passage : ils semblaient facétieux et déterminés, du haut de leur 30 centimètres.
"Stop... Où allez-vous ?" demandèrent-ils.
- Vous êtes des amis de Tilim ? demanda Azalaïs.
- Qui êtes-vous ? demanda Balthuis.
- Nous sommes les gardiens de la clairière, répondit celui qui avait l'air d'être le chef.
- Nous sommes pacifiques, répondit Cathal, laissez-nous passer.
Les petits lutins discutèrent entre eux. L'un deux, avec une petite barbe blanche, lui donnant l'air presque respectable, s'approcha de Jordi. Or, ce mage habitué à chasser et à se défendre, craignant les hommes et la société portait à son coté une épée de fer.
"Brrrr ! Brrr..." fit le lutin en la désignant.
"Ho ! elle vous effraie ?", fit Jordi, "si ce n'est que ça...", ajouta-t-il en défaisant son ceinturon et en lançant l'épée au loin. Alors le vieux lutin rejoignit ses camarades, et ils discutèrent encore un long moment. Puis finalement ils firent à la troupe signe qu'il pouvaient passer, ce faisant ils disparurent dans la forêt. Les mages et le forestier reprirent alors leur route vers la clairière.
- Tu les avais déjà vu , demanda Balthuis à Max ?
- Non, jamais...
Il avait du être surpris se dit Jordi, car il a fait une phrase de plus d'un mot ! Le groupe parvint enfin à la clairière. Le ciel, nuageux, baignait celle-ci dans une clarté tendre. En son centre un rocher creusé, la dominé tel un seigneur qui veille sur son territoire. Sur ce rocher se tenait une flaque ou se reposait une eau, avant de suivre son chemin vers les profondeurs de la terre. Max s'installa et commença à sortir le repas.

"Et maintenant ? demanda Azalaïs.
- Et bien puisque nous sommes arrivés, mangeons lui répondit Balthuis. Dommage que ces soldats aient volés mon tonneau, nous aurions ou en profiter maintenant.
- C'est vrai, cela aurait été agréable un bon vin, ajouta Cathal.

Ils se partagèrent une délicieuse tarte qu'avait préparé Max suivant les indications de Cathal. Tous applaudirent à ce résultat succulent. Pendant qu'ils mangeaient, Azalaïs se leva brutalement et se mit à courir en direction de la forêt, suivie par Edurne. Les autres mirent un certain temps à réagir, aussi les deux filles à la chevelure brune eurent le temps de disparaître dans la forêt.

Azalaïs courrait, courrait derrière un éclair qui sautait de droite à gauche entre les arbres. La poursuite dura quelques minutes, durant lesquelles les deux jeunes filles s'entraidaient pour suivre ce lutin qu'elles avaient vu, et les avait appelées. Soudain elle débouchèrent dans une petite clairière ou une dizaine de petits êtres les attendaient en dansant. "Oh, on a de la visite youpi... Vous venez jouer avec nous ?" Edurne et Azalaïs prirent quelques instants pour reprendre leur souffle.
"Vous êtes des amis de Tillim, demanda Azalaïs au plus grand d'entre eux ?"
- Tilim, Tililim... tralllalim ... Mais c'est moi Tilim, répondit-il en chantant.
- Ha, c'est toi ? Alors tu dois avoir du corail rouge ? demanda Edurne.
- Moi, oui peut-être...
- Jouons, dit un autre Lutin en sautant sur Azalaïs.
"Ho, c'est à toi ça, tagada tagada tillim, tilim..." dit-il en tirant les cheveux de la belle mage féerique aux yeux violet qu'était la douce Azalaïs.
"Aïe... Attention tu me fais mal..."
- Oh... troupilére... attends je reviens.

- Donc, Tilim... reprit Edurne
"Mais non c'est moi Tilim, tralalalim..." dit un autre Lutin.
"Ils sont exaspérants", pensèrent les deux jeunes filles. Pendant ce temps, lutin joueur était revenu, mais quatre autres lutins avaient pris sa place et dansaient autour des deux jeunes filles. Il poussa un ou deux de ses congénères et se planta devant Azalaïs.
"Tiens c'est pour toi, c'est pour m'excuser.", dit-il en lui tendant une petite pierre rouge.
- Ho. Mais cela doit être du Corail rouge...
- Je peux en avoir moi aussi, demanda Edurne.

Le joueur sembla réfléchir. Puis, après avoir prit son parti, il s'approcha d'Edurne et lui tira les cheveux. Enfin il s'enfuit en courant... "Aïe !! Mais il est complètement ... celui-la !" Trois minutes plus tard, il revint avec une petite pierre rouge. "Voila, dit-il en la tendant à Edurne, c'est pour me faire pardonner..." Edurne la prit et la rangea. "Merci, merci à tous...", dit-elle. "Au revoir, à bientôt.", ajouta Azalaïs en se levant. Toutes deux quittèrent la clairière. "Revenez jouer quand vous voulez" leur crièrent les lutins en leur faisant un signe d'au revoir.

Un peu plus tard, elles retrouvèrent leurs compagnons dans la clairière. Ceux-ci les cherchaient désespérémment depuis une demi-heure. S'attablant une nouvelle fois pour finir leur repas, les 2 jeunes filles résumèrent leur aventure. Se faisant, Edurne sortit Flor de sa cachette. "Ha... Ca fait du bien de sentir un peu l'air frais... C'est que c'est fatigant d'être toujours enfermé comme cela..." Cependant, Jordi fut pris de convulsion, et s'écroula, les yeux révulsés. Tous se mirent autour de lui, et le relevèrent, mais il ne reprit conscience que quelques instants plus tard. "J'ai refait un rêve étrange", raconta-t-il, "Je marchais dans une forêt touffue, comme la première fois, poussé par une force irrésistible. Je trouvai un chemin et parvint à sortir de la forêt, et me retrouvai devant un petit village un peu plus grand que Val Suzon. Dans ce village trônait un abbaye, surmontée d'un clocher. Le ciel était couleur rouge sang, le soleil se couchait. Tout à coup un éclair retentit et zébra le ciel..."
- Pas retentit, dit simplement Edurne.
"Heu...oui en effet... Je disais donc, un éclair jaillit dans le ciel et frappa le clocher. Sous la violence du choc, une lumière éclata et sous sa puissance je m'évanouis".

- Je connais ce village, dit simplement Max.
- Où est-ce ? demanda Azalaïs.
- Saint-Seine l'Abbaye.
- Mettons-nous en route alors, ajouta Edurne.
Ramassant alors leurs affaires, il repartirent vers la suite de leurs aventures.

Nos amis arrivèrent à Saint-Seine en début de soirée, fatigués et fourbus. Max leur conseilla une petite auberge proche du centre.
"Désolé, je n'ai plus de chambres mes seigneurs, seule la salle commune est disponible !
- Va pour la salle commune, répondit Balthuis, et une bouteille de votre meilleure vin..."

L'aubergiste les fit entrer et leur donna un repas qui, sans être délicieux, resta convenable.
"Demain, nous visiterons Saint-Seine, dit Jordi.
- Je ne serais pas contre une visite nocturne, lui rétorqua Edurne.
- En fait, pourquoi pas, lui répondit le nabot à l'accent du Sud."
Le groupe prit place dans la salle commune, et Max se proposa pour veiller sur le sommeil des mages. Il faisaient un groupe bien hétéroclite, entre le géant bûcheron Max, le vigoureux et bon vivant Balthuis à l'accent Germanique, le solide nordiste Cathal, et les belles Edurne et Azalaïs, sans oublier l'affreux Jordi, rabougri avec son visage ingrat.

Dans la nuit, un bruit réveilla Edurne, qui se glissa doucement dehors. Réveillé lui aussi par le départ de la mage, Jordi se leva et, apercevant des lueurs étranges dans la ville, il demanda à Max de réveiller les autres avant de partir à la suite d'Edurne. Cathal dormait lui aussi d'un sommeil léger, mais il leur fut plus dur de réveiller Azalaïs et Balthuis, qui rechignaient à sortir du royaume des songes.

S'approchant des lueurs, Edurne, bientôt rejointe par le nabot au visage d'aigle, vit que les lueurs venaient du cimetière. Ils s'approchèrent doucement, poussèrent la grille qui grinça horriblement. Ils entrèrent, avec à leur suite le reste de la troupe légèrement essouflée. "Mais que se passe-il ici ?" , souffla Balthuis de sa voix tonitruante...

Tous entrèrent dans le cimetière pour voir des lueur qui s'éteignirent brusquement, pendant qu'une mélopée étrange les entourait. Balthuis et Jordi s'avancèrent quand, tout à-coup, des mains osseuses sortirent de terre et cinq squelettes émergèrent de leurs tombes, l'air menaçant. Ils étaient immondes, avec quelquefois des morceaux de chair non encore putréfiés qui leur pendaient des côtes ou des bras... Il leur fallut réagir vite... Déjà deux squelettes se rapprochaient de Jordi, armés de bâtons, un autre de Balthuis, et les deux derniers sur les deux filles. Max se précipita à leur rescousse et, armé de sa bonne vieille hache de bûcheron, les attaqua sauvagement. Jordi se mit à marmonner des paroles étranges en latin, suivi d'un juron à l'accent du Sud, mais nettement moins érudit : "Oh, M...". Alors, une boule de feu apparût au-dessus du nain, qui se mit à brûler en proférant d'ignobles cris de douleurs. Edurne, Azalaïs, Cathal et Balthuis se mirent eux aussi à psalmodier. De la main de Balthuis jaillit une flèche blanche et immaculée, qui traversa le squelette en lui enlevant une ou deux côtes. Pendant ce temps, terminant son incantation par un "Goûte de mon Perdo Vim, immondice", Edurne leva ses eux bras en l'air tandis qu'un des squelettes s'écroulait à ses pieds. Azalaïs fit surgir des branches entravant un des squelettes qui marchait vers Jordi, tandis que regardant l'arme du second, Cathal finit sa chanson. Aussitôt, l'arme du squelette devint molle et incontrôlable... Pendant ce temps, Jordi, gravement brûlé, se mit à ramper vers la sortie du cimetière, tandis que Max, d'un coup magistral, décapitait un de ses adversaires. Le squelette empêtré par Azalaïs essaya de se dégager, mais n'y parvint pas. Tandis que Balthuis refit jaillir une flèche qui trancha la colonne vertébrale de son squelette, Max en profita pour décapiter le squelette empêtré, tandis que le dernier et seul survivant se battait avec son bâton qui dansait dans ses mains. Tandis que la hache de Max s'abattait sur lui, que des herbes poussaient à ses pieds et qu'une flèche lui enlevait quelques côtes, il poussa un juron satanique et se transforma en poussière. "Et le nabot, où est-il ?", s'écria Azalaïs ?

Tous se précipitèrent à son chevet. Il semblait très mal en point et délirait sur des histoires d'aigles et de démons. Des bruits semblaient venir du village, des gens allaient arriver. Max parla : "Je l'emmène dans la forêt." Il prit alors Jordi et entra dans la pénombre. Les jeunes filles les suivirent tandis que les hommes, discrètement, allèrent chercher les affaires à l'auberge. Tous se retrouvèrent dans la forêt au chevet de Jordi. Max tira des onguents de sa besace et les appliqua sur les blessures du blessé. Son délire sembla calmé et il s'endormit. Tous en firent autant, cependant, le blessé bougea beaucoup cette nuit, et se leva en sursaut. Cathal et Edurne vinrent le voir, ils crurent qu'il délirait encore tandis qu'il parlait l'air dans le vague... "Un chemin, des artefacts, aux sources de la Seine seront les forces démoniaques..." Puis Jordi s'écroula dans un sommeil sans rêve, laissant ses interlocuteurs sans voix. Il s'endormirent, laissant les prochaines décisions au lendemain...

Le lendemain, Max leur expliqua brièvement, comme à l'accoutumée, que les sources de la Seine étaient non loin de là, mais que pour s'y rendre au plus vite, ils pouvaient prendre par la forêt. Tous acceptèrent et Max pris le blessé sur son dos. Celui-ci semblait déjà reprendre des forces. Le groupe marcha lentement à travers la forêt bourguignonne, progressant difficilement. Ils trouvèrent un petit cours d'eau qu'il longèrent, avant de trouver un pont improvisé fait d'un arbre tombé au travers de l'eau turbulente.

Il progressèrent lentement sur le pont, Max en premier, Cathal à sa suite, tandis qu'Azalaïs et Edurne s'enhardissaient à monter sur le tronc. Soudain, dans un tourbillon, alors que Max venait de finir de traverser, surgit de l'eau une espèce de créature géante, faisant plus 8 pieds de haut, se rapprochant d'une sorte de serpent muni de mains qui tenaient un fouet et un bouclier. "Attention, un démon !" cria Edurne. Aussitôt, elle se mit à crier en latin en faisant de grands gestes... Cathal fit de même en regardant l'eau au pied de la créature, tandis qu'Azalaïs se jetait à couvert. Balthuis le premier fit surgir une flèche de ses mains. Elle se fracassa sur le bouclier de la créature, qui fit jouer son fouet. L'eau se glaça au pied de la créature, sous les agissements de Cathal, mais le mouvement du fouet fit tomber Azalaïs et Cathal dans le ruisseau en aval du pont. Des mains d'Edurne jaillit une sorte de vague violette qui ébranla le démon. Il regarda alors dans sa direction, l'air menaçant, tandis qu'une flèche magique se fichait dans son bras gauche qui tenait le bouclier. Azalaïs et Cathal se relevèrent et Cathal recommença sa première incantation. La créature semblait furieuse et faisait voler son fouet de manière de plus en plus violente, quand la vague violette recommença et qu'une trombe de glace se levait en dessous d'elle... La flèche de Balthuis se ficha finalement dans son crâne avec un bruit sourd. Max, tandis que la créature s'écroulait, coupa la tête du serpent, qui s'échoua sur la rive. "Et ma toilette !" cria Azalaïs, trempée, en donnant des coups de pieds à la créature informe... Balthuis se leva alors et proposa d'étudier la créature. Edurne, la contemplant, prononça quelques mots en latin et déclara que sa puissance se situait dans sa queue. L'équipe entreprit alors de découper la queue du monstre en morceaux, les enveloppèrent dans du linge et se répartirent la charge. Enfin, tous purent reprendre leur chemin, menés par Max, vers les sources de la Seine.

Les sources étaient un lieu de pèlerinage célèbre, en particulier parce que l'eau y était puisée était parée de vertus curatives et saintes. Les mages les visitèrent, rapidement, mais ne trouvèrent rien d'exceptionnel. Prenant camp non loin des sources, ils s'endormirent, pour une dernière nuit dehors. Cette nuit fut moins agitée, sauf pour Jordi qui, reprenant des forces, leur raconta encore un des rêves qu'il venait d'avoir dans la nuit. "C'est étrange, déclara-t-il, j'ai rêvé d'une longue vallée, que je survolais comme un oiseau, et devant mes yeux elle se mit à se tortiller et à se transformer en un magnifique serpent qui m'inspira non pas la peur mais calme et sécurité.
- J'en ai marre de tes rêves, lui rétorqua Azalaïs, il ne nous ont amenés que des...
- C'est le signal que j'attendais, la coupa Max, allons-y", ajouta-il en se levant.

Tous firent leur paquets et à sa suite reprirent leur chemin. Ils marchèrent toute la journée, et arrivèrent non loin de Dijon, leur sembla-t-il, quand Max coupa à travers champ. Il s'arrêta au pied d'un arbre et les fit traverser par un étrange boyau qui serpentait entre les roches. Au bout d'un moment, le passage s'élargit et ils arrivèrent dans un espace où ils aperçurent une bergerie et une entrée dans la roche. Un homme, en longue robe, les attendait à l'entrée.

"Vous voici enfin ! Je suis Gondebaud. Bienvenue à l'alliance de la combe à la serpent, vous êtes mes invités.
- Mais qui êtes vous ? s'écrièrent tous en même temps.
- Je suis le chef de cette alliance secrète que je suis en train de créer ici, j'ai appelé chacun de vous, informé de certaines de vos aventures et de vos infortunes, et je vous ai choisi, si vous le voulez, pour partager ce havre de paix et d'étude. Vous avez passé l'épreuve. Si vous décidez de rester avec moi, nous pourrons au calme étudier et nous entraider. Si vous décidez de partir, vous devez me jurer de ne parler à quiconque de ces lieux. Pour certaines raisons, je préférerais rester discret. En attendant votre décision, je vous propose un bon repas."

Tous s'installèrent à table et un copieux repas leur fut servi. Ils racontèrent leurs aventures à Gondebaud, qui les informa que Max devait rentrer chez lui. C'était un ami précieux, mais qui préférait avoir le moins de choses à voir avec les mages.
"Si je comprend bien, dit Azalaïs, c'est vous qui nous avez envoyé le démon ?
- Pas tout à fait, j'en avait entendu parler et je pensais que c'était une bonne épreuve et, qu'en plus, cela permettrait de libérer la région. Cela faisait d'une pierre deux coups.
- Quand même, les squelettes, c'est passé tout prêt, Jordi à failli y rester, ajouta Edurne, d'un air fâché !
- Les squelettes ? Mais quels squelettes ? Je n'ai jamais envoyé de squelettes... répondit surpris Gondebaud...
- Ce n'était pas vous ? Mais alors qui ?
- Je ne sais pas dit Gondebaud, mais ils n'étaient pas prévus. Il faudra enquêter dessus. Il y a quelque chose de pourri dans le duché de Bourgogne !"
Ils continuèrent le repas, s'enquerrant de la situation de la Combe à la serpent, puis Gondebaud alla se coucher pour les laisser réfléchir. Ils discutèrent toute la nuit et, au petit matin, Gondebaud vint les voir pour connaître leur décision.

"Je reste assurément, dit Balthuis, il y a du bon vin en Bourgogne !
- Bien sur que je reste, ajouta Azalaïs, je m'amuse comme une petite folle.
- Je reste pour combattre les démons, déclara la mystérieuse Edurne.
- Je reste pour votre compagnie à tous, déclara Cathal.
- Et je reste parce que de toutes façons je n'ai nulle part d'autre ou aller", termina Jordi.

Et ainsi fut formée l'Alliance de "La Combe à la Serpent"...

Paco Lantaca (alias François) : Contes et Légendes, Tome 2 - La Combe à la Serpent.


Trois mois passèrent et les nouveaux locataires prirent peu à peu connaissance de leur nouvelle maison. Essentiellement, l'alliance se composait de deux étages, un rez-de-chaussée où se trouvaient les chambres des servants et la salle à manger, et un étage où se trouvaient les chambres des mages et la bibliothèque. Dans sa chambre, chaque mage avait une pièce supplémentaire qui lui servait de laboratoire d'étude et de recherche. Pour l'instant deux chambres étaient encore inoccupées.

En plus de Gondebaud de la maison Merinita, l'Alliance comptait un certain nombre de servants, dont Alcide la vigoureuse cuisinière, dont les plats excellents compensaient le mauvais caractère, la douce Blanche toujours silencieuse, le fanfaron Childéric, homme d'épée se vantant de pouvoir ferrailler contre trois hommes à la fois, le chasseur Jehan, Colin, le sergent de la turbula, l'archer Lothaire, frêle mais bon garçon, Boniface la brute épaisse, le menuisier Mathurin, Galic l'ancien croisé, Florimond le pisteur, Tiburce le forgeron et Fridolin le serrurier, ancien voleur de son état. Tout ce joli monde égaillait l'alliance et vaquait aux occupations quotidiennes, tandis que les mages étudiaient et s'installaient dans leur nouvelle vie.

Tranquillement, l'automne achevait son oeuvre sur les paysages dijonnais et le froid glacial soufflait son âcre voix aux travers des cloisons et des roches. Les servants étaient le seul lien de l'Alliance avec le monde extérieur et la monotonie commençait à ronger les habitants de la combe. Tandis qu'au dehors, bandits de grands chemins, seigneurs, loups et paysans imprimaient, parfois dans le sang, l'atmosphère de cette fin de siècle, nos mages suivaient leurs études vers la sapience. Cependant, un soir, Gondebaud réunit le grand conseil...

"Mes amis, je vois sur vos yeux les cernes de l'ennui. J'ai repensé à vos aventure et je me suis dit qu'il fallait que vous sortiez un peu, que vous preniez l'air. Demain commence une grande fête à Dijon, la fête des fous je crois, ce sera la foire et ce sera une bonne occasion pour vous égayer et connaître la région. Nos amis Manon, Baptiste et Benoît, qui s'occupent de la bergerie vont justement en ville, pourquoi ne pas les accompagner ? Vous irez voir Blaise, notre fournisseur en matériel divers et exotique, qui vous accueillera à bras ouverts..."

Tous acquiescèrent à cette idée et il fut convenu de partir dès le lendemain matin.

Le lendemain, tôt dans la matinée, une étrange troupe se présentait aux portes de Dijon. On y reconnaissait un homme de forte corpulence à la démarche assurée, un nabot rabougri, deux jeunes et belles demoiselles, dont l'une cachait ses yeux sous son chapeau baissé, un grand roux à forte carrure, un jeune pâtre à l'air maigre, tous marchant au pas d'un charrette menée par un couple. A leur suite marchaient un homme grand portant un arc et un autre parlant haut et fort de ses exploits passés. "Lothaire, vois-tu, avec mon épée que tu vois là, j'étais là lors de l'attaque du château de Saint-Seine il y a dix ans ! Et vois-tu, des gardes, j'en ai estourbis plus d'une vingtaine ce jour-là ! En plus..."

Les gardes les arrêtèrent, leur demandant un droit de passage qu'Edurne acquitta s'aidant de la bourse que lui avait donné Gondebaud. Tous pénétrèrent dans la ville. "Nous allons au marché, profitez-en pour aller voir Blaise, suggéra Baptiste. Il habite non loin d'ici". Les mages et leurs servants laissèrent les bergers à leurs occupations et en profitèrent pour visiter la ville. Dijon se préparait à la fête. Après un tour en ville où chacun s'occupa à son bonheur, la visite des tavernes, le tour des remparts, la visite du marché où on croisait des gens déguisés et autres saltimbanques demandant l'aumône ou paiement pour leurs spectacles d'acrobaties, la troupe se dirigea chez Blaise. Blaise tenait une échoppe de taille moyenne ou s'entassait un débarras complet empli de vieilleries diverses de tous horizons. On y trouvait des alambics, des mosaïques, des plumes, des parchemins, des poudres et autres instruments et ingrédients. Nos amis se présentèrent comme les compagnons de Gondebaud et tout de suite Blaise s'illumina. Il leur proposa de dîner chez lui et leur parla de la situation à Dijon.

"En ce moment, c'est la fête des fous. Vous allez voir, c'est magnifique, 3 jours de fête magnifiques. Même si cette année, la situation est un peu tendue.
- Tendue ? Pourquoi ? demanda Balthuis.
- En fait, lui répondit Blaise, c'est à cause du chevalier noir !
- Le chevalier noir ? On dirait un nom sorti tout droit d'une geste, s'exclama Edurne !
- Mais qui est ce Chevalier noir ? demanda Balthuis.
- En fait, c'est un histoire relativement récente. En effet, depuis un certain nombre de mois maintenant, la région n'est plus sûre, de nombreux voyageurs, ou des caravanes, essentiellement des riches marchands ou des nobles, se font attaquer aux alentours de Dijon et dévaliser... Heureusement il n'y a jamais de victimes, mais ça jase à la chambre des négoces : beaucoup aimeraient que la sécurité soit augmentée et que l'on capture ce mécréant ! Cependant, à cause de ses actions, il est aimé de la populace, il paraît que tout ce qu'il vole, il lui donne...
- C'est un héros sorti des contes pour enfants, constata Jordi...
- En fait, tout cela fait enrager le Duc, et encore plus à l'approche de la fête des fous, car c'est le moyen idéal de se cacher et de fomenter un mauvais coup. De plus, comme chaque année, le maire va collecter l'impot.
- Un impôt, demanda Balthuis, de quel genre ?
- Une procession part de la mairie et se rend au château ducal. Le nouveau maire la guide et va faire toute la ville et aller voir les marchands, et chacun lui verse un impôt qui sera mis dans un coffre et emmené par le maire au château ducal : la tradition le veut ainsi. Le duc se fait du soucis il pense que le chevalier noir va vouloir s'emparer de l'impôt !
- Nous pourrions profiter de la fête et voir si l'on peut faire quelque chose ? Protéger le coffre par exemple. On ne garantit rien, mais on pourrait mettre ce fanfaron en déroute.
- Pourquoi pas, approuva Edurne, après tout si l'on est discrets, cela nous distraira... Quand à lieu la procession ?
- Vous feriez ça pour nous ? Merci c'est formidable. Je vais essayer de prendre des renseignements complémentaires à la chambre des négoces. En attendant profitez de mon hospitalité !"

Les mages mangèrent chez Blaise, puis établirent un plan d'action : on se séparerait en deux groupes de recherche, Balthuis et Jordi d'un côté, Edurne, Azalaïs et Cathal de l'autre. Jordi s'éloigna quelques instants. A peine une minute plus tard, un aigle royal vola dans la pièce et se posa sur l'épaule de Balthuis. Guère étonné, celui-ci se leva et pari en ville. Edurne, Azalaïs et Cathal prirent congé de Blaise peu après. Balthuis choisit de visiter les tavernes de Dijon, prenant quelques choppes dans chacune, discutant avec les habitués et surveillant les choses anormales. Edurne, Azalaïs et Cathal se baladaient dans la ville, étudiaient les gens louches à la recherche de signes mystérieux. Dans une taverne, Balthuis repéra deux hommes étranges qui discutaient. L'un deux surtout attirait l'attention, de part sa grande taille et sa longue chevelure brune. Il dénotait un peu dans l'atmosphère de la taverne. Balthuis l'épiait discrètement... Les deux hommes se levèrent et sortirent. Balthuis essaya de les suivre mais les perdit dans la foule dijonnaise. Tous se retrouvèrent, le soir chez Blaise et échangèrent leurs impressions. Edurne et Balthuis décidèrent de retourner à l'auberge où ce dernier avait vu les deux hommes étranges. Pendant ce temps, les autres préférèrent se coucher. La nuit venait de tomber quand le couple sortit de chez Blaise, il se dirigea vers la taverne et s'installa à une table. Très vite, ils repérèrent le blond guerrier qui discutait avec son acolyte. Ceux-ci semblaient très pris par leur conversation, mais jetaient de fréquents coups d'oeil pour vérifier qu'ils n'étaient pas observés.

Le chef semblait être le blond, de forte carrure et très grand, il ne passait pas inaperçu. L'autre, plus discret, semblait lui obéir. Edurne se leva et passa à coté d'eux en tendant l'oreille, faisant mine d'aller au comptoir. "... Piége se refermera ! ... Tout accusera le chevalier noir, vous aurez l'argent et la sécurité...", entendit-elle. Elle informa Balthuis en retournant à sa table. Très vite les deux hommes se levèrent et prirent congé. Edurne et Balthuis se précipitèrent à leur suite et sortirent de la taverne. Mais les deux hommes s'étaient séparés. Tous deux décidèrent de suivre le grand blond. Celui-ci déambula dans les rues et sortit de la ville. Il s'éloigna sur des petit chemins et rejoignit une petite maison à l'extérieur de Dijon. Edurne et Balthuis se firent discret derrière lui. Tous deux se cachèrent près de la cabane et se mirent à la surveiller.

"Ecoute Balthuis, je vais rentrer chez Blaise raconter cela aux autres. Pendant ce temps, tu surveilles la maison. Si notre homme sort, tu le suis. - Pas de problème, Edurne !"

Sur ces mots Edurne, rentra en ville, tandis que Balthuis se positionnait afin d'affiner sa surveillance. De la cabane venaient des éclats de voix. Manifestement, l'homme n'était pas seul. D'ailleurs, à intervalles réguliers, un homme sortait pour surveiller les alentours. Au petit matin, deux hommes sortirent de la cabane. Le premier était très grand, presque 7 pieds de haut, et était enroulé dans une grande robe de bure, tandis que son compagnon avait l'apparence d'un mercenaire de petit taille. Balthuis se demanda la conduite à tenir, quand il avisa à la fenêtre de la cabane une silhouette aux cheveux blonds qui regarda prestement les hommes partir. Balthuis continua son guet. Presque deux heures plus tard, un dernier homme sortit de la cabane. Balthuis le regarda s'en aller. Plus rien ne bougeait dans la petite maison et, Balthuis, saisi d'une intuition, s'approcha. Il n'entendait aucun bruit à l'intérieur. Il poussa fortement la porte, qui résista à peine... La cabane était vide ! "Bon dieu ! Des échasses ! Il m'a eu !". Balthuis courut chez Blaise. Pendant ce temps, les autres mages, après une nuit réparatrice, prenaient leur petit-déjeuner chez le marchand.

"C'est incroyable, leur disait-il, la nuit dernière il y eu une profanation au cimetière !
- Comment ça ? s'entera Azalaïs. Une profanation ?
- En effet, c'est vraiment scandaleux. Des gens sont venus en pleine nuit pour déterrer des cadavres, et ils les ont emmenés ! Cela va alimenter les délires populaires... Déjà des gens disent qu'ils ont vu des squelettes se balader dans la ville la nuit !
- Et de quelles tombes s'agit il ? redemanda Azalaïs.
- La semaine dernière, on pense qu'il s'agit du chevalier noir qui a attaqué une caravane qui venait de Nantes. Cette fois, il y a eu des victimes, les cinq occupants ont été tués !
- Mais cela tranche drôlement avec ses habitudes non ?
- Un malandrin est un malandrin ! Dès qu'il touche au crime, il met le doigt dans l'engrenage. Cela ne m'étonne pas qu'il finisse par succomber à l'appât du gain facile."

Nos amis tinrent conseil pour décider de la conduite à tenir. Il fut décidé une séparation en deux groupes. Tandis que le premier irait enquêter au cimetière pour savoir ce qui s'y était passé, le second groupe déambulerait dans la ville pour tenter de trouver le chevalier à blonde figure.

"J'ai entendu parler d'un messager de l'Empire auprès du Duc, dit Blaise, peut-être est-ce votre homme mystérieux ?"

Balthuis et Azalaïs partirent pour suivre le parcours du soir et repérer un éventuel lieu d'embuscade. Ils furent bientôt rejoints par un aigle qui se posa sur l'épaule de Balthuis : "Me voilà de nouveau montreur de rapaces !". Cathal et Edurne, de leur côté, allèrent enquêter dans les cimetières dijonnais.

Le parcours du maire traversait toute la ville de Dijon. "Cela a l'air d'un bon endroit pour une embuscade", pensa Balthuis. Azalaïs et Balthuis refirent un tour dans les tavernes et la ville, appréciant l'atmosphère de fête qui y régnait. Mais rien ne retint leur attention et ils ne revirent pas le chevalier à la blonde crinière. De même, Cathal et Edurne revinrent quasi-bredouille : ils avaient trouvé des tombes fraîchement retournées dans tous les cimetières de la ville. Tout cela n'augurait rien de bon, mais personne n'avait rien vu. Nos mages attendirent donc le soir avec impatience.

Ce soir-là, toute la ville semblait s'être réunie devant l'hôtel de ville où, entouré de quatre gardes, le maire se préparait à partir. Deux hommes s'emparèrent d'un grand coffre tenu par deux longs bâtons qui passaient dans des anneaux conçus à cet effet. La foule était en liesse et la procession commença. Dans la foule, on reconnaissait des servantes, des acrobates, des cracheurs de feu, des gens grimés et tous dans un vacarme effroyable suivaient le coffre qui passait de maison de bourgeois en maison de bourgeois à travers la ville et s'emplissait de pièces destinées au duché. Les cinq mages et leurs serviteurs, Childeric et Lothaire, suivaient la procession aux aguets. En abordant une porte, l'aigle s'envola des épaules de Balthuis et scruta les alentours. Rien ne sembla lui inspirer de la crainte, mais il resta en hauteur. La procession pénétra sur la place de la cathédrale, quand tout à coup un tintamarre tel celui produit par des gens en armes retentit. Tout le monde regarda autour de la place, scrutant ce qui pouvait faire ce bruit. Les acrobates ne dansaient plus, les fous ne riaient plus, les cracheurs de feu ne soufflaient plus, dans une ambiance inquiète. Ce fut un enfant, à peine âgé de cinq ans qui se mit à courir en premier. Childeric soufflait à Lothaire : "Cela me rappelle la campagne de 1162, où en Italie ces morveux nous on tendus une embuscade... On leur a foutu une pâtée, je ne te raconte pas... Ils ne me faisaient pas peur, d'ailleurs je n'ai peur de rien ! Avec mon épée..." Alors tous les yeux se tournèrent vers le nord de la place, le regard horrifié. "...j'en ai taillé en pièces..." Des squelettes, des moribonds, des lambeaux de chers encore attachés à leurs membres, venaient de paraître sur la place. Une clameur terrifiée commença à enfler. "...de ces immondes..." Et tout le monde se mit à courir dans un tohu-bohu général. "...squelettes ? comment ça des squelettes ?" Childeric tourna les yeux vers le nord et, apercevant l'armée des damnés, se mit à trembler... "...Aarghh... glalalall... des... des... des..." Entraînant Lothaire à sa suite, il jeta son arme et s'enfuit.

En quelques minutes seulement, la place s'était vidée. Les mages et le maire restaient seuls autour du coffre posé à terre et regardaient autour d'eux. Quand dix autres squelettes apparurent au sud de la place coupant la retraite, le maire défaillit. Les mages se regroupèrent autour du coffre, tandis que les vingt squelettes les encerclaient : ils formèrent un cercle autour des quatre membres de l'alliance, Balthuis, Edurne, Cathal et Azalaïs, mais ne bougeaient pas malgré leur air menaçant. Ils étaient armé de fourches et de petites épées. Pendant ce temps, l'aigle continuait son vol, examinant la situation.

"Hummm, dit tout haut Balthuis... Cela en fait cinq par personne !
- C'est de l'optimisme, demanda Cathal ?

Azalaïs se mit à faire quelques gestes en psalmodiant et disparut. A cet instant, les portes de la cathédrale s'ouvrirent, et cinq hommes en sortirent en courant. Les quatre premiers étaient habillés tels des moines et relevaient leurs robes pour pouvoir courir plus vite. Le cinquième les suivait à peu de distance. Il s'agissait d'un homme grand, recouvert d'une armure impressionnante et à la crinière blonde et l'oeil méchant. Le cercle de squelettes s'écarta pour les laisser passer.

Pendant ce temps, l'aigle avisa un toit et s'y posa. Ses contours devinrent flous et, en le regardant, on avait l'impression qu'il grandissait, qu'il grandissait... Une silhouette à figure humaine commença à apparaître et, en déséquilibre sur le toit, elle glissa. Jordi se rattrapa in-extremis au rebord du toit et se retrouva nu et en bien fâcheuse posture. Alors qu'il commençait à lâcher, les contours du petit mage commencèrent à se dissoudre...

Le groupe des cinq assaillants s'approchait du coffre, tandis que Balthuis criait "Creo Terram" en faisant jaillir des flèches de cristal de ses mains. Deux squelettes s'écroulèrent, la colonne vertébrale sectionnée. "Ayez confiance en vos suivants, qu'il disaient, cria Edurne en psalmodiant ! Je n'ai peur de rien qu'ils nous affirmaient..." Sa colère créa une sphère de non-énergie qu'elle envoya sur un des squelettes. Il s'écroula, de même que ses deux camarades. Les quatre moines, puisqu'ils étaient habillés ainsi, même si l'habit ne le fait pas, essayèrent d'attraper les bras du coffre afin de le soulever. Cathal, agita ses bras en regardant les-dits bras en bois et ils se mirent à danser, empêchant toutes prise. Deux des moines sortirent de courtes épées, mais une voix douce et féerique sortant du néant se mit à chanter une chanson connue et l'un deux se retrouva les jambes prises dans une forêt d'herbes qui venait de pousser à cet endroit. L'autre dut lâcher son épée qui lui brûla les mains, tandis que Cathal le regardait fixement en récitant des paroles en latin. De son coté, Balthuis et Edurne continuaient à attaquer les squelettes qui tombaient un à un, mais leur passivité se brisa et ils commencèrent à se rapprocher l'ai menaçant. Cependant, le chevalier s'était approché d'Edurne. Elle se retourna et commença à incanter, mais le chevalier à la dure blondeur lui enfonça son épée dans l'estomac. La douleur fut horrible et effroyable, Edurne s'écroula sans un mot. Le chevalier se tourna alors vers Balthuis, occupé à décocher ses flèches magiques sur les squelettes qui se rapprochaient.

Les deux premiers moines se battaient toujours avec les bras du coffre pour l'emporter, puis ils essayèrent de le tirer, mais sans succès. Cathal ramassa l'épée du moine et transperça celui qui était empêtré, mais l'autre se précipita sur Cathal et le projeta à terre d'un vigoureux coup de poing. Il ramassa alors sa propre épée que Cathal avait fait tomber et frappa le mage qui se relevait. Il allait lui donner le coup de grâce quand la voix féerique se remit à chanter et qu'il se retrouva emprisonné dans des herbes géantes.

L'épée du chevalier se leva sur Balthuis, qui se retourna, mais l'arme ne retomba jamais sur lui... Un aigle en piqué venait de frapper le chevalier au visage, toutes serres sorties ! Des lambeaux de chairs furent emportés par l'aigle qui se mit à voler autour du chevalier, cherchant une ouverture. Le chevalier faisait voler sa grande épée autour de lui, menaçant l'aigle. Celui-ci, très vif, esquivait les coups et harcelait le chevalier. Balthuis en profita pour se dégager et invoqua une flèche magique qu'il projeta sur le chevalier, mais celle-ci ricocha contre son armure. Trois squelettes arrivèrent derrière Balthuis, qui dut sauter en arrière en psalmodiant, et renvoyer deux flèches de cristal sur eux. La première coupa la tête d'un des squelettes, tandis que la seconde traversa le corps du deuxième en emmenant juste quelques côtes... Le moine empêtré, grâce à on épée et à ses deux collègues venu l'aider, parvint à se libérer, mais une flèche de cristal envoyée par Balthuis lui trancha la gorge. Cependant, des mains invisibles semblaient s'atteler autour des corps d'Edurne et de Cathal, compressant les blessures et établissant des pansements. Alors que les deux moines survivants réessayaient de tirer le coffre, le chevalier réussit à toucher l'aigle qui venait de lui emporter un morceau d'oreille. L'aigle s'écrasa dans la poussière, mais alors qu'il s'apprêtait à tordre le coup de l'immonde volatile, la voix féerique se remit à chanter et des herbes retorses sortirent de terre pour enserrer les jambes du chevalier. Il s'attacha à couper ces herbes farouches, tandis que l'aigle s'envolait, laissant quelques plumes sur le sol, puis réattaquait le chevalier en piqué. Celui-ci se protégea le visage, mais l'oiseau laissa de terribles marques sur le bras du chevalier. Celui-ci recommença ses moulinets et l'aigle se remit à voler serres en avant. Il restait huit squelettes qui entouraient maintenant Balthuis. Il relança deux flèches qui touchèrent le plus menaçant, le forçant à mordre la poussière, mais deux autres levèrent leur arme sur Balthuis. Celui-ci évita la première massue, mais prit un coup léger sur son bras gauche.

Le chevalier, repoussant les assauts de l'aigle, s'était maintenant libéré et, libre de ses mouvements, devenait de plus en plus menaçant. Ses coups de plus en plus précis menaçaient l'oiseau et le volatile voyait l'épée se rapprocher à chaque moulinet de ses parties vitales. Une dernière fois, la voix féerique chanta, tandis que l'aigle battit des ailes en arrière. Les herbes sauvages poussèrent à nouveau, empêtrant les jambes du chevalier, qui fit un mouvement pour se libérer... Mais l'aigle avait vu l'ouverture et dans un cri à étourdir les oreilles, il se précipita serres en avant sur le chevalier, planta ses serres sur sa tête et enfonça son bec dans l'oeil du combattant. Ce dernier poussa un cri horrible de douleur, immédiatement suivi d'un gloussement immonde alors que l'aigle labourait les chairs des joues du chevalier et extrayait l'autre oeil de son orbite. Les mouvements devinrent convulsif, quand l'oiseau trouva une prise et que les serres s'appuyaient sur le visage, par les trous formé sous les coups successifs. Le bec du volatile atteint le cerveau du chevalier. Ce dernier s'écroula en sang, sur les herbes sauvages qui avaient poussé sous ses pieds. Au même moment, les sept squelettes autour de Balthuis s'écroulèrent alors qu'il s'apprêtaient à tomber sur lui dans un ultime assaut et retournèrent à leur état de poussière, ne laissant à la place qu'ils occupaient auparavant qu'un petit tas d'os et les armes qu'ils avaient utilisées. Les deux moines restant cherchèrent à s'enfuir, mais ils trébuchèrent sur des herbes qui avaient poussé sur leur chemin. Balthuis et Jordi, tout nus, leur tombèrent dessus et les assommèrent.

Jordi se rhabilla rapidement, tandis que Balthuis se portait au secours de leurs amis blessés. Azalaïs attacha les moines au coffre et les trois mages prirent leurs amis et les emmenèrent chez Blaise. Déjà, on entendait les voix de gardes qui s'étaient ressaisis, qui revenaient sur la place. Le spectacle sur celle-ci était bien singulier : au centre de la place un grand coffre était posé et autour de lui deux moines étaient attaché. A quelques mètres du coffre, le maire relevait sa tête, chancelant, contemplant les alentours. Deux moines, des armes à leurs pieds gisaient non loin de lui. L'un avait la gorge percée et son sang coulait sur le sable de la place, tandis que l'autre avait une épée plantée dans son ventre. En de nombreux endroits, une vingtaine, des petits tas de poussière semblaient disséminés, avec à coté des massues, des fourches et des épées courtes. Au centre de la place, enfin, dans une figure de crucifixion, gisait un chevalier à la longue crinière, que les gardes reconnurent comment étant un émissaire impérial, un allemand arrivé deux mois plus tôt en visite chez le Duc. Son visage était pourtant méconnaissable et il semblait contempler le ciel avec ses yeux sortis de leurs orbites.

Fin du chapitre 2


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Dernière mise à jour : 09/09/2017

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